jeudi 3 juillet 2014

La télépathie canine, les chèques en bois

Hier soir je réfléchissais aux chiens. Je me disais que Vénus, qui est en train de devenir talentueuse aux moutons, et de prendre confiance, en moi, en elle, je commençais à l'aimer, vraiment. Que je devrais proposer à la bergère qui s'est cassée qu'elle garde Plume, fatiguée, pleine d'arthrite, plan qui sied bien à sa vie d'anthropologue assise devant un ordinateur à écrire des articles en violant la vie des bergers.

Mais Plume à lu dans ma tête. Ils font de la télépathie, les chiens. Elle est venue se mettre sur mes pieds, elle a poussé un énorme soufflement de désaccord. Je me suis excusé, je me suis couché sur le plancher contre elle, et le lui ai flatté son cartilage de l'oreille droite, zone érogène de chien. Mais elle boudait.

Après Vénus est venue, elle était contente de l'idée, au sol j'étais plein d'amour, elle m'a léché le nez, les oreilles, les cheveux, et je lui ai dit, va pas trop vite fille, tu es encore la fille de la doctorante qui m'a flushé et qui joue encore à faire la bergère en prenant plein de notes sur le dos du monde.

Vénus a dit bon, et Plume a dégonflé, c'est un message que je connais.

J'étais entre les deux, j'ai dormi par terre, j'avais torché trois litres de rosé.

Le matin je me suis levé et le patron de l'hotel mal à l'aise que j'aie manqué le petite déjeuner m'a quand même offert un café dans un verre en plastique, et un croissant tout sec, et m'a dit que je ne pouvais pas renouveler ma chambre.

Je suis allé voir mon solde sur Internet, le crisse de chèque de ma dernière paye de berger n'étant pas passé, j'ai mis des bombes au CA et je vais encore faire un chèque en bois au prochain hôtel de la route. Mais je suis plein de poésie.

J'ai laissé une note à la femme de ménage pour qu'elle me trouve sur Facebook si elle veut devenir bergère, elle avait mouillé devant mes chiens et mon récit de vie et elle est belle. Mais même si elle répond je pense pas avoir la libido, la libido est à terre, ça gicle si timidement que je laisse ça tomber. C'est que du faux, je veux plus ça, mais j'ai des vieux réflexes.

La route de Salon pleine de gens sérieux qui vont quelque part est chargée à bloc de trafic, et je m'en vais vers l'hôtel où j'espère que ce crisse de chèque en bois passe.

Oui, je pourrais retourner dans une caravane comme berger. Mais il faut écrire, même si je suis bloqué de partout. Et en caravane, c'est impossible, je m'investis dans le pastoral de tout mon être.

Au propre et au figuré, je suis pas loin d'être perdu.




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