samedi 13 septembre 2014

C'était l'aboutissement par la révélation, le poétique ne peut pas se supplanter à l'ontologique, et à un moment, il faut faire un chemin. De mes galères de stop je ramenais un string dans mon sac en bordel de fils USB et de pièces de cigarette électronique. Elle avait été jolie pour le bout de chemin qu'elle me donnait et j'avais sorti, en érection, mes cartes de visite de berger et d'écrivain. Je n'avais pas mon viagra sous la main, j'avais joui vite et mou, et elle en avait été quand même enchantée.

Ce string qui traine dans mes fils, dans mes trois sacs, sans maison. Rouge avec des poids noirs.

Je redescendit vers le sud de la Provence et renouai avec mon ami berger sans terre. Nous conclûmes que considérant qu'il n'avait pas de sous, et moi non plus, en échange du partage du travail, il assumait la nourriture, l'alcool et le tabac. Dormir à la belle étoile. Trainer de jour en jour des caravanes pourries, sans portes, sales, poser les filets des brebis, boire. Je poussais à fond la part obscure de mon long voyage aux moutons. Quand les sous manquaient pour manger et boire, surtout boire, nous vendions un mouton aux arabes, qui le tuaient sur place. Vite nous courrions à l'Escale, buffet et plat du jour et vin à volonté (pour les bergers), nous torcher, et négligions les brebis. Elles mangeaient la nuit, et torchés comme nous étions, nous dormions dans des couvertures sales près d'elles.

La gale se pointa, les brebis se grattaient, et il n'y avait pas assez d'argent pour les piquer contre la gale. Nous étions dépassés par le travail, dépassés par l'alcool.

Nous eûmes alors la soirée la plus riche en amitié mais aussi la plus violente : le débat à savoir lequel de nous deux était le plus punk – lui en caravane avec ses brebis, sans terre, ou moi, qui vivait dans les mots et écrivait des choses subversives, mais sans jamais ne m'être battu pour vrai, physiquement. Le débat se calma dans l'évocation de la musique, dans une confrontation de notre érudition du punk du temps des labels alternatifs, et le lendemain il fallait encore faire manger les putes.

Je me barre.