C'était
l'aboutissement par la révélation, le poétique ne peut pas se
supplanter à l'ontologique, et à un moment, il faut faire un
chemin. De mes galères de stop je ramenais un string dans mon sac en
bordel de fils USB et de pièces de cigarette électronique. Elle
avait été jolie pour le bout de chemin qu'elle me donnait et
j'avais sorti, en érection, mes cartes de visite de berger et
d'écrivain. Je n'avais pas mon viagra sous la main, j'avais joui
vite et mou, et elle en avait été quand même enchantée.
Ce string qui
traine dans mes fils, dans mes trois sacs, sans maison. Rouge avec
des poids noirs.
Je redescendit
vers le sud de la Provence et renouai avec mon ami berger sans terre.
Nous conclûmes que considérant qu'il n'avait pas de sous, et moi
non plus, en échange du partage du travail, il assumait la
nourriture, l'alcool et le tabac. Dormir à la belle étoile. Trainer
de jour en jour des caravanes pourries, sans portes, sales, poser les
filets des brebis, boire. Je poussais à fond la part obscure de mon
long voyage aux moutons. Quand les sous manquaient pour manger et
boire, surtout boire, nous vendions un mouton aux arabes, qui le
tuaient sur place. Vite nous courrions à l'Escale, buffet et plat du
jour et vin à volonté (pour les bergers), nous torcher, et
négligions les brebis. Elles mangeaient la nuit, et torchés comme
nous étions, nous dormions dans des couvertures sales près d'elles.
La gale se pointa,
les brebis se grattaient, et il n'y avait pas assez d'argent pour les
piquer contre la gale. Nous étions dépassés par le travail,
dépassés par l'alcool.
Nous eûmes alors
la soirée la plus riche en amitié mais aussi la plus violente :
le débat à savoir lequel de nous deux était le plus punk – lui
en caravane avec ses brebis, sans terre, ou moi, qui vivait dans les
mots et écrivait des choses subversives, mais sans jamais ne m'être
battu pour vrai, physiquement. Le débat se calma dans
l'évocation de la musique, dans une confrontation de notre érudition
du punk du temps des labels alternatifs, et le lendemain il fallait
encore faire manger les putes.
Je me barre.