jeudi 3 juillet 2014

La griserie de la galère

Je suis en galère, totalement, avec mes deux chiens et mon sac à dos. Et j'aime ça.

Après deux gardes, je n'ai nul lieu où aller, pas de chez moi, et j'ai copîeusement insulté la bergère pas des emails poétiques et virulents que j'assume.

J'ai pas de maison, mais une belle vie, de galère, j'aime ça. Il y a plein d'espoirs, aller près de Gap aider aux brebis laitières, aller en Italie garder des brebis laitières.

Je rêvais il y a dix ans de ne jamais savoir de quoi demain serait fait. J'ai retenté d'avoir un home, deux ou trois fois, et ce n'est plus mon truc. Là, il faut que je me pose, je dois écrire une nouvelle version de scénario, arrêter pour un temps les moutons.

C'est la galère totale, et c'est un heureux mélange de désespoir et de griserie, qui somme toute est chouette en cette époque de vie normalisée en occident. Et c'est l'occasion parfaite de ne plus jamais revoir la bergère, dans ma vie, dans sa vie, la tendresse post-mortem étant de la merde.


Vagabonds, nous étions
Sans un rond
Et aux quatre vents
Nous bourlinguions...

Je disais hier à un roumain rencontré à l'hôtel qui enviait ma vie de berger, je ne sais pas où je vais, mais j'ai vu pire, j'ai vu plein de gens qui gagnent leur vie, au quotidien. Gagner sa vie, rien de plus absurde.

Il y a toujours une caravane et un troupeau qui m'attendent quelque part. Mais là je dois livrer deux scénarios, oui, deux, et j'ai le sentiment de devoir faire autre chose.

CUT TO -- Int. Taxi. Nuit. Très saoul
   
     Le berger scénariste
       Merci pour le lift là, c'était une belle première, je, je, pense que je livre, je vais vous faire lire plein...

     La productrice déléguée
        Scénarise, scénariste.


    Le berger scénariste sort très saoul du taxi et rentre se coucher en maugréant.

CUT TO
   
     Le berger scénariste est dans un hôtel et écrit des

(fuck it).






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